Saison 04 : Usages des savoirs et des sciences http://paroledechercheurs.net/spip.php?rubrique171 Du 6 novembre 2012 au 29 mai 2013, 24 conférences hebdomadaires le mercredi soir. Salle Rabelais, à 20h30. Entrée libre et gratuite. Antoine Bourlier antoine.bourlier@mshsud.org no SPIP : 3.2.1 [23954] http://www.rssboard.org/rss-specification fr © Maison des Sciences de l'Homme de Montpellier 2006-2013 antoine.bourlier@mshsud.org (Antoine Bourlier) antoine.bourlier@mshsud.org (Antoine Bourlier) Saison 04 : Usages des savoirs et des sciences http://paroledechercheurs.net/local/cache-vignettes/L600xH600/rubon171-4e4a0.jpg?1540775173 http://paroledechercheurs.net/spip.php?rubrique171 Conférence de clôture par Bruno Latour <p>Bruno</p> Latour <p>Bruno</p> Latour Afin de clore cette quatrième saison de l’Agora des savoirs, Bruno Latour a accepté de venir présenter le projet sur lequel il travaille depuis trois ans, Gaia Global Circus, projet qui porte sur la mise en scène, dans tous les sens du mot, de la question climatique devenue la grande question politique et artistique de notre temps et qui n’est plus uniquement le domaine des chercheurs en sciences de la Terre. Des questions de cosmopolitiques d’autant plus intéressantes pour les mondes de l’art et de la scène qu’elles rejoignent en effet beaucoup de formes artistiques qui ont été actives à la Renaissance et à l’époque baroque. Un projet qui a d’ailleurs abouti à l’écriture (avec Frédérique Aït-Touati et Chloé Latour) et à la création d’une pièce, Gaïa, tragi-comédie climatique et globale… C’est à la découverte de ce fascinant projet de recherche, aux carrefours de la philosophie, de l’anthropologie et des arts, que vous invite cette ultime conférence de la quatrième saison de l’Agora des savoirs. Afin de clore cette quatrième saison de l’Agora des savoirs, Bruno Latour a accepté de venir présenter le projet sur lequel il travaille depuis trois ans, Gaia Global Circus, projet qui porte sur la mise en scène, dans tous les sens du mot, de la question climatique devenue la grande question politique et artistique de notre temps et qui n’est plus uniquement le domaine des chercheurs en sciences de la Terre. Des questions de cosmopolitiques d’autant plus intéressantes pour les mondes de l’art et de la scène qu’elles rejoignent en effet beaucoup de formes artistiques qui ont été actives à la Renaissance et à l’époque baroque. Un projet qui a d’ailleurs abouti à l’écriture (avec Frédérique Aït-Touati et Chloé Latour) et à la création d’une pièce, Gaïa, tragi-comédie climatique et globale… C’est à la découverte de ce fascinant projet de recherche, aux carrefours de la philosophie, de l’anthropologie et des arts, que vous invite cette ultime conférence de la quatrième saison de l’Agora des savoirs. http://paroledechercheurs.net/spip.php?article536 Wed, 29 May 2013 20:30:00 +0200 01:55:38 Ce que nous apprend sur l’homme la sélection naturelle <p>Michel</p> Raymond <p>Michel</p> Raymond La sélection naturelle est un mécanisme simple, découvert par Charles Darwin, permettant de comprendre le monde vivant et ses adaptations. Mais quel est exactement son fonctionnement et quelles en sont les limites ? Aujourd’hui, la sélection naturelle se voit même copiée dans son principe, et mise à contribution afin de trouver des solutions à des problèmes complexes. Qu’en est-il cependant de l’espèce humaine ? Certains éléments culturels, la médecine par exemple, permettent-ils à l’homme d’échapper aux lois de la sélection naturelle ? Plus généralement, quels sont les rapports entre l’évolution culturelle et la sélection naturelle ? Les chercheurs en évolution humaine, eux, se demandent si l’homme, animal culturel par excellence, subit lui aussi les effets de la sélection. La politique, la morale, voire la religion, auraientelles des racines biologiques ? La frontière trop commodément tracée entre nature et culture s’estompe ainsi un peu plus… La sélection naturelle est un mécanisme simple, découvert par Charles Darwin, permettant de comprendre le monde vivant et ses adaptations. Mais quel est exactement son fonctionnement et quelles en sont les limites ? Aujourd’hui, la sélection naturelle se voit même copiée dans son principe, et mise à contribution afin de trouver des solutions à des problèmes complexes. Qu’en est-il cependant de l’espèce humaine ? Certains éléments culturels, la médecine par exemple, permettent-ils à l’homme d’échapper aux lois de la sélection naturelle ? Plus généralement, quels sont les rapports entre l’évolution culturelle et la sélection naturelle ? Les chercheurs en évolution humaine, eux, se demandent si l’homme, animal culturel par excellence, subit lui aussi les effets de la sélection. La politique, la morale, voire la religion, auraientelles des racines biologiques ? La frontière trop commodément tracée entre nature et culture s’estompe ainsi un peu plus… http://paroledechercheurs.net/spip.php?article603 Wed, 15 May 2013 20:30:00 +0200 01:05:17 L’usage de l’anthropologie biologique dans la connaissance des pratiques funéraires <p>Réjane</p> Roure <p>Henri</p> Duday <p>Réjane</p> Roure <p>Henri</p> Duday En partenariat avec le 37e colloque international de l’AFEAF Au cours des dernières décennies, l’archéologie funéraire a été complètement rénovée : les considérations relatives à l’ostéologie humaine et à la dégradation organique ont replacé le cadavre au centre d’un discours qui au préalable, traitait avant tout de l’architecture des tombes et des mobiliers d’accompagnement. Les méthodes se sont ainsi rapprochées de celles de la Médecine légale. L’Ecole française, qui a joué un rôle primordial dans ce bouleversement, s’est notamment développée à partir de la fouille de sites languedociens ; elle a par ailleurs largement bénéficié de l’essor de l’archéologie préventive. Un accent particulier sera mis sur les acquis récents concernant les sépultures à crémation. En partenariat avec le 37e colloque international de l’AFEAF Au cours des dernières décennies, l’archéologie funéraire a été complètement rénovée : les considérations relatives à l’ostéologie humaine et à la dégradation organique ont replacé le cadavre au centre d’un discours qui au préalable, traitait avant tout de l’architecture des tombes et des mobiliers d’accompagnement. Les méthodes se sont ainsi rapprochées de celles de la Médecine légale. L’Ecole française, qui a joué un rôle primordial dans ce bouleversement, s’est notamment développée à partir de la fouille de sites languedociens ; elle a par ailleurs largement bénéficié de l’essor de l’archéologie préventive. Un accent particulier sera mis sur les acquis récents concernant les sépultures à crémation. http://paroledechercheurs.net/spip.php?article602 Wed, 08 May 2013 20:30:00 +0200 1:07:32 Les parfums dans la Méditerranée antique. Les fouilles archéologiques de parfumeries à Délos, Pompéi et Paestum <p>Jean-Pierre</p> Brun <p>Stéphane</p> Mauné <p>Jean-Pierre</p> Brun <p>Stéphane</p> Mauné En partenariat avec les Mercredis de l’Antiquité Les usages du parfum sont bien plus larges dans l’Antiquité que de nos jours. Ils sont utilisés pour la séduction, le bien-être, mais aussi comme médicaments, la pharmacie et parfumerie n’étant pas distinctes. On les utilisait aussi pour le culte des divinités, notamment pour parer les statues de culte et pour les funérailles, afin de préparer le corps du défunt pour le voyage vers l’au-delà. Les parfums étaient composés de substances aromatiques et d’une matière grasse, le plus souvent une huile végétale. Tout l’art du parfumeur consistait à capter les odeurs de fleurs, de résines et d’aromates et à les fixer sur la base huileuse par le procédé de l’enfleurage à froid ou à chaud. L’histoire des parfums est connue en partie par quelques sources telles que Théophraste à la fin du IVe siècle avant J.-C. et Pline au milieu du Ier siècle après J.-C. Les recherches récentes sur ces thèmes, complétées par des analyses chimiques et des expérimentations, permettent d’interpréter les vestiges des installations comprenant pressoirs, cuves, chaudières et de comprendre la place des parfumeurs dans la société antique. En partenariat avec les Mercredis de l’Antiquité Les usages du parfum sont bien plus larges dans l’Antiquité que de nos jours. Ils sont utilisés pour la séduction, le bien-être, mais aussi comme médicaments, la pharmacie et parfumerie n’étant pas distinctes. On les utilisait aussi pour le culte des divinités, notamment pour parer les statues de culte et pour les funérailles, afin de préparer le corps du défunt pour le voyage vers l’au-delà. Les parfums étaient composés de substances aromatiques et d’une matière grasse, le plus souvent une huile végétale. Tout l’art du parfumeur consistait à capter les odeurs de fleurs, de résines et d’aromates et à les fixer sur la base huileuse par le procédé de l’enfleurage à froid ou à chaud. L’histoire des parfums est connue en partie par quelques sources telles que Théophraste à la fin du IVe siècle avant J.-C. et Pline au milieu du Ier siècle après J.-C. Les recherches récentes sur ces thèmes, complétées par des analyses chimiques et des expérimentations, permettent d’interpréter les vestiges des installations comprenant pressoirs, cuves, chaudières et de comprendre la place des parfumeurs dans la société antique. http://paroledechercheurs.net/spip.php?article519 Wed, 24 Apr 2013 12:13:09 +0200 01:38:00 Approches génétiques dans la recherche sur le cancer : de la mouche à l’homme <p>Stephen</p> Baghdiguian <p>Anne-Marie</p> Martinez <p>Stephen</p> Baghdiguian <p>Anne-Marie</p> Martinez À l’ère post-génomique, les séquences des génomes de nombreux organismes invertébrés et vertébrés sont accessibles à tous. Qu’avons-nous alors encore à apprendre de la génétique ? L’approche génétique reste en réalité un outil de choix dans le but d’étudier les mécanismes qui régissent la régulation de l’expression des génomes. Sa particularité est d’offrir une approche in vivo fonctionnelle intégrée. Un défaut de régulation du génome peut conduire à de nombreuses pathologies, dont le cancer. L’utilisation d’organismes modèles, tels que la mouche, le nématode ou bien le poisson zèbre, permet de réaliser des cribles génétiques dans le but d’identifier la fonction de gènes dits « suppresseurs de tumeurs » ou « oncogènes » dans un contexte physiologique mais également dérégulé. À l’ère post-génomique, les séquences des génomes de nombreux organismes invertébrés et vertébrés sont accessibles à tous. Qu’avons-nous alors encore à apprendre de la génétique ? L’approche génétique reste en réalité un outil de choix dans le but d’étudier les mécanismes qui régissent la régulation de l’expression des génomes. Sa particularité est d’offrir une approche in vivo fonctionnelle intégrée. Un défaut de régulation du génome peut conduire à de nombreuses pathologies, dont le cancer. L’utilisation d’organismes modèles, tels que la mouche, le nématode ou bien le poisson zèbre, permet de réaliser des cribles génétiques dans le but d’identifier la fonction de gènes dits « suppresseurs de tumeurs » ou « oncogènes » dans un contexte physiologique mais également dérégulé. http://paroledechercheurs.net/spip.php?article518 Wed, 10 Apr 2013 20:30:00 +0200 01:38:23 L’Apocalypse Joyeuse : une histoire du risque technologique <p>Jean-Baptiste</p> Fressoz <p>Jean-Baptiste</p> Fressoz Un chiasme curieux caractérise notre société libérale et technologique : d’un côté nous transformons radicalement la nature quand de l’autre nous proclamons l’impossibilité de modifier la société. Le libéralisme combine une acceptation supposément réaliste des buts humains et de l’organisation sociale tels qu’ils sont, avec un projet utopique de maîtrise et de transformation du monde. Lorsqu’en 1992, au Sommet de la terre de Rio, George Bush père déclarait : « le mode de vie américain n’est pas négociable », cela impliquait que la nature et sa préservation l’étaient. Comment ce chiasme destructeur s’est-il établi à partir de la fin du XVIIIe ? « Le siècle du progrès » n’a jamais été simplement technophile. L’histoire du risque technologique qu’il présente n’est pas l’histoire d’une prise de conscience, mais l’histoire de la production scientifique et politique d’une certaine inconscience modernisatrice. Un chiasme curieux caractérise notre société libérale et technologique : d’un côté nous transformons radicalement la nature quand de l’autre nous proclamons l’impossibilité de modifier la société. Le libéralisme combine une acceptation supposément réaliste des buts humains et de l’organisation sociale tels qu’ils sont, avec un projet utopique de maîtrise et de transformation du monde. Lorsqu’en 1992, au Sommet de la terre de Rio, George Bush père déclarait : « le mode de vie américain n’est pas négociable », cela impliquait que la nature et sa préservation l’étaient. Comment ce chiasme destructeur s’est-il établi à partir de la fin du XVIIIe ? « Le siècle du progrès » n’a jamais été simplement technophile. L’histoire du risque technologique qu’il présente n’est pas l’histoire d’une prise de conscience, mais l’histoire de la production scientifique et politique d’une certaine inconscience modernisatrice. http://paroledechercheurs.net/spip.php?article515 Wed, 03 Apr 2013 20:30:00 +0200 01:46:16 Gestes esthétiques, gestes de savoir ? <p>Yves</p> Citton <p>Pascal</p> Nicolas-Le Strat <p>Yves</p> Citton <p>Pascal</p> Nicolas-Le Strat En quoi nos expériences esthétiques (au cinéma, devant la télévision, dans un théâtre, un musée, à la lecture d'un livre) sont-elles une affaire de gestes ? En quoi ces gestes contribuent-ils à développer nos savoirs, nos sensibilités, nos puissances d'agir ? Toutes ces questions trouvent réponse à la lumière d'une thèse d'ordre anthropologique : si la modernité industrielle a entraîné l'atrophie des gestes physiques développés par les artisans au cours des siècles antérieurs, les développements médiatiques connus par le XXe et le XXIe siècles appellent de nouveaux gestes mentaux, affectifs et relationnels - et les expériences artistiques ont constitué au cours des trois derniers siècles un laboratoire privilégié pour le développement de tels gestes. En quoi nos expériences esthétiques (au cinéma, devant la télévision, dans un théâtre, un musée, à la lecture d'un livre) sont-elles une affaire de gestes ? En quoi ces gestes contribuent-ils à développer nos savoirs, nos sensibilités, nos puissances d'agir ? Toutes ces questions trouvent réponse à la lumière d'une thèse d'ordre anthropologique : si la modernité industrielle a entraîné l'atrophie des gestes physiques développés par les artisans au cours des siècles antérieurs, les développements médiatiques connus par le XXe et le XXIe siècles appellent de nouveaux gestes mentaux, affectifs et relationnels - et les expériences artistiques ont constitué au cours des trois derniers siècles un laboratoire privilégié pour le développement de tels gestes. http://paroledechercheurs.net/spip.php?article511 Wed, 13 Mar 2013 20:30:00 +0100 01:29:54 Sur le Pont des Arts : arts et sciences pour de brèves rencontres <p>Jean-Marc</p> Lévy-Leblond <p>Yanick</p> Lasica <p>Jean-Marc</p> Lévy-Leblond <p>Yanick</p> Lasica Si la science veut se (re)faire culture, ce n'est pas en récupérant ou en arraisonnant la création artistique qu'elle y parviendra ; et si les arts veulent être en prise avec un monde dominé par la techno-science, ce ne sera pas en la plagiant ou en s'y inféodant. Le risque est permanent de voir la science et l'art tomber dans la servilité et l'histrionisme mutuel. Ainsi, la perspective d'une réunification œcuménique, des grandes retrouvailles de l'art et de la science, paraît relever d'une nostalgie naïve plus que d'un projet informé, fut-il utopique. La pluralité des œuvres, la divergence des pratiques, sont à louer et à préserver. Les rapports entre arts et sciences relèvent non de la (con)fusion ou d'une "nouvelle alliance", mais de la rencontre, voire de la confrontation. Si la science veut se (re)faire culture, ce n'est pas en récupérant ou en arraisonnant la création artistique qu'elle y parviendra ; et si les arts veulent être en prise avec un monde dominé par la techno-science, ce ne sera pas en la plagiant ou en s'y inféodant. Le risque est permanent de voir la science et l'art tomber dans la servilité et l'histrionisme mutuel. Ainsi, la perspective d'une réunification œcuménique, des grandes retrouvailles de l'art et de la science, paraît relever d'une nostalgie naïve plus que d'un projet informé, fut-il utopique. La pluralité des œuvres, la divergence des pratiques, sont à louer et à préserver. Les rapports entre arts et sciences relèvent non de la (con)fusion ou d'une "nouvelle alliance", mais de la rencontre, voire de la confrontation. http://paroledechercheurs.net/spip.php?article510 Wed, 20 Feb 2013 20:30:00 +0100 01:44:43 Usage et mésusage des découpages du Monde <p>Caroline</p> Calandras <p>Christian</p> Grataloup <p>Caroline</p> Calandras <p>Christian</p> Grataloup Nord et Sud, océans et continents, Orient et Occident, aires culturelles et civilisations... : la géographie découpe le Monde. Pour classer les lieux, pour mieux mettre en ordre nos savoirs, pour guider nos actions, ces mises en scènes cartographiques sont toujours discutables, souvent fondées sur des logiques oubliées. Elles peinent à saisir les changements géopolitiques et les évolutions économiques et culturelles. Elles nous en apprennent plus sur notre passé que sur notre avenir. Mais peut-on voir le Monde sans grilles de lecture ? Aujourd'hui, sur une Terre mondialisé dont il faut penser l'histoire de façon beaucoup plus multipolaire, la remise en cause de notre vision de la géographie des sociétés ne concerne pas que la cartographie ; ou, plutôt, c'est notre carte mentale du Monde qu'il faut discuter à la fois prospectivement et rétrospectivement. Il ne s'agit donc pas de faire l'analyse critique des planisphères et des noms donnés aux parties du Monde. Ce sont les visions réciproques de Soi et des Autres, des images mentales qui peuvent être artistiques ou religieuses, qui doivent être resituées au cœur d'un large panorama géopolitique, afin que chacun apprenne à se penser citoyen du Monde. Nord et Sud, océans et continents, Orient et Occident, aires culturelles et civilisations... : la géographie découpe le Monde. Pour classer les lieux, pour mieux mettre en ordre nos savoirs, pour guider nos actions, ces mises en scènes cartographiques sont toujours discutables, souvent fondées sur des logiques oubliées. Elles peinent à saisir les changements géopolitiques et les évolutions économiques et culturelles. Elles nous en apprennent plus sur notre passé que sur notre avenir. Mais peut-on voir le Monde sans grilles de lecture ? Aujourd'hui, sur une Terre mondialisé dont il faut penser l'histoire de façon beaucoup plus multipolaire, la remise en cause de notre vision de la géographie des sociétés ne concerne pas que la cartographie ; ou, plutôt, c'est notre carte mentale du Monde qu'il faut discuter à la fois prospectivement et rétrospectivement. Il ne s'agit donc pas de faire l'analyse critique des planisphères et des noms donnés aux parties du Monde. Ce sont les visions réciproques de Soi et des Autres, des images mentales qui peuvent être artistiques ou religieuses, qui doivent être resituées au cœur d'un large panorama géopolitique, afin que chacun apprenne à se penser citoyen du Monde. http://paroledechercheurs.net/spip.php?article508 Thu, 07 Feb 2013 19:49:16 +0100 01:40:36 Origine et avenir des systèmes familiaux <p>Emmanuel</p> Todd <p>Emmanuel</p> Todd Pourquoi donc étudier la diversité des structures familiales traditionnelles, et ce pendant plus de vingt ans ? Parce que cette diversité même permet d'expliquer les différentes trajectoires qu'a prises, aux quatre coins du monde, la modernité : la famille nucléaire absolue anglaise fut le substrat de l'individualisme et du libéralisme politique ; la famille nucléaire égalitaire du Bassin parisien légitimait l'idée a priori d'une équivalence des hommes et des peuples ; la famille souche fut en Allemagne et au Japon le socle d'idéologies ethnocentriques ; la carte du communisme, enfin, recouvrait celle de la famille communautaire. Aujourd'hui, ces systèmes familiaux mutent, dans les pays les plus avancés comme dans les pays émergents. Mais ces mutations n'échappent pas à des déterminations très anciennes. Entre l'invention de l'écriture et l'âge d'internet, comment la famille a-t-elle évolué ? Pourquoi donc étudier la diversité des structures familiales traditionnelles, et ce pendant plus de vingt ans ? Parce que cette diversité même permet d'expliquer les différentes trajectoires qu'a prises, aux quatre coins du monde, la modernité : la famille nucléaire absolue anglaise fut le substrat de l'individualisme et du libéralisme politique ; la famille nucléaire égalitaire du Bassin parisien légitimait l'idée a priori d'une équivalence des hommes et des peuples ; la famille souche fut en Allemagne et au Japon le socle d'idéologies ethnocentriques ; la carte du communisme, enfin, recouvrait celle de la famille communautaire. Aujourd'hui, ces systèmes familiaux mutent, dans les pays les plus avancés comme dans les pays émergents. Mais ces mutations n'échappent pas à des déterminations très anciennes. Entre l'invention de l'écriture et l'âge d'internet, comment la famille a-t-elle évolué ? http://paroledechercheurs.net/spip.php?article507 Wed, 30 Jan 2013 20:30:00 +0100 02:04:44 La science politique peut-elle être une science expérimentale ? <p>Jean-Yves</p> Dormagen <p>Jean-Yves</p> Dormagen Les sciences sociales, parmi lesquelles bien sûr la science politique, peuvent se développer sur le même modèle que les sciences expérimentales, par exemple la médecine, lorsqu'elle teste un nouveau traitement ou un nouveau médicament. Il ne s'agit plus alors pour les chercheurs de seulement analyser le réel, mais il leur revient d'intervenir sur la réalité avec la volonté délibérée de la transformer. Cette intervention est motivée par deux objectifs principaux : 1) tester des hypothèses et des modèles théoriques que les effets de cette intervention doivent permettre de valider ou d'invalider, 2) trouver des solutions efficaces pour résoudre des problèmes sociaux, économiques ou politiques et ainsi participer à la mise en œuvre d'un réformisme éclairé. Pour illustrer cette possible dimension expérimentale des sciences sociales, nous présenterons les premiers résultats d'une expérimentation, réalisée à l'occasion de la dernière présidentielle, visant à inscrire sur les listes électorales des non inscrits et des mal-inscrits. Cette intervention conduite sur une population de 80 000 personnes devait permettre de prouver que la phase de l'inscription ou de la réinscription - une spécificité française et américaine - constitue le principal obstacle à la participation électorale, car près de 90 % des citoyens sont disposés à voter dans le cadre d'un scrutin de haute intensité telle que la dernière présidentielle. Cette expérimentation en milieu réel devait ainsi permettre de mieux comprendre les modalités de production des mobilisations électorales et offrir des solutions, testées scientifiquement, pour accroître significativement l'ampleur de ces mobilisations. Les sciences sociales, parmi lesquelles bien sûr la science politique, peuvent se développer sur le même modèle que les sciences expérimentales, par exemple la médecine, lorsqu'elle teste un nouveau traitement ou un nouveau médicament. Il ne s'agit plus alors pour les chercheurs de seulement analyser le réel, mais il leur revient d'intervenir sur la réalité avec la volonté délibérée de la transformer. Cette intervention est motivée par deux objectifs principaux : 1) tester des hypothèses et des modèles théoriques que les effets de cette intervention doivent permettre de valider ou d'invalider, 2) trouver des solutions efficaces pour résoudre des problèmes sociaux, économiques ou politiques et ainsi participer à la mise en œuvre d'un réformisme éclairé. Pour illustrer cette possible dimension expérimentale des sciences sociales, nous présenterons les premiers résultats d'une expérimentation, réalisée à l'occasion de la dernière présidentielle, visant à inscrire sur les listes électorales des non inscrits et des mal-inscrits. Cette intervention conduite sur une population de 80 000 personnes devait permettre de prouver que la phase de l'inscription ou de la réinscription - une spécificité française et américaine - constitue le principal obstacle à la participation électorale, car près de 90 % des citoyens sont disposés à voter dans le cadre d'un scrutin de haute intensité telle que la dernière présidentielle. Cette expérimentation en milieu réel devait ainsi permettre de mieux comprendre les modalités de production des mobilisations électorales et offrir des solutions, testées scientifiquement, pour accroître significativement l'ampleur de ces mobilisations. http://paroledechercheurs.net/spip.php?article505 Wed, 16 Jan 2013 20:30:00 +0100 01:53:21 Le concept d'univers à l'aube du XXIe siècle <p>Denis</p> Puy <p>Gérard</p> Jasnewicz <p>Denis</p> Puy <p>Gérard</p> Jasnewicz Notre vision de l'Univers a fort changé depuis le modèle copernicien décentrant la terre du système du monde. Les concepts d'espace et de temps, introduits il y a un siècle par Albert Einstein, ont ouvert un vaste champ d'investigation sur notre approche globale de l'Univers, allant du paradigme d'expansion, de l'introduction de matière ou d'énergie noire, à la tentative de comprendre l'évolution de l'Univers pris dans son ensemble. Ces recherches théoriques développées en cosmologie trouvent aujourd'hui un écho, produisent un impact et suscitent des usages de plus en plus important au cœur même de notre société et de notre imaginaire, par les questions qu'elles soulèvent, au premier rang desquels celle de notre place et positionnement dans l'univers. Comment le concept d'univers s'est-il historiquement et épistémologiquement construit ? Quelle(s) vision(s) avons-nous aujourd'hui de l'Univers et quelles sont les dérives qui menacent actuellement notre culture scientifique ? Notre vision de l'Univers a fort changé depuis le modèle copernicien décentrant la terre du système du monde. Les concepts d'espace et de temps, introduits il y a un siècle par Albert Einstein, ont ouvert un vaste champ d'investigation sur notre approche globale de l'Univers, allant du paradigme d'expansion, de l'introduction de matière ou d'énergie noire, à la tentative de comprendre l'évolution de l'Univers pris dans son ensemble. Ces recherches théoriques développées en cosmologie trouvent aujourd'hui un écho, produisent un impact et suscitent des usages de plus en plus important au cœur même de notre société et de notre imaginaire, par les questions qu'elles soulèvent, au premier rang desquels celle de notre place et positionnement dans l'univers. Comment le concept d'univers s'est-il historiquement et épistémologiquement construit ? Quelle(s) vision(s) avons-nous aujourd'hui de l'Univers et quelles sont les dérives qui menacent actuellement notre culture scientifique ? http://paroledechercheurs.net/spip.php?article504 Wed, 09 Jan 2013 20:30:00 +0100 01:59:06 Le boson de Higgs, chronique d'une découverte <p>Cyril</p> Hugonie <p>Bertrand</p> Plez <p>Cyril</p> Hugonie <p>Bertrand</p> Plez Le 4 Juillet dernier, les chercheurs du CERN ont annoncé la découverte d'une nouvelle particule dont les caractéristiques sont compatibles avec celles du boson de Higgs, clé de voute du Modèle Standard de la physique des particules. Mais qu'est-ce que le Modèle Standard de la physique des particules ? Pour le comprendre, il faut d'abord évoquer les grandes étapes théoriques et expérimentales de la construction de ce modèle au siècle dernier, avant même d'en énumérer le contenu. Quel rôle particulier aura joué le boson de Higgs dans ce modèle ? Rien moins que donner de la masse à toutes les autres particules élémentaires ! Pour attraper le fameux boson, il aura fallu créer une machine extraordinaire : le LHC, (Large Hadrons Collider), le grand accélérateur de hadrons du CERN. Maintenant que la chasse au Higgs touche à sa fin, quelles sont désormais les perspectives pour la physique (et les physiciens) des particules ? Le 4 Juillet dernier, les chercheurs du CERN ont annoncé la découverte d'une nouvelle particule dont les caractéristiques sont compatibles avec celles du boson de Higgs, clé de voute du Modèle Standard de la physique des particules. Mais qu'est-ce que le Modèle Standard de la physique des particules ? Pour le comprendre, il faut d'abord évoquer les grandes étapes théoriques et expérimentales de la construction de ce modèle au siècle dernier, avant même d'en énumérer le contenu. Quel rôle particulier aura joué le boson de Higgs dans ce modèle ? Rien moins que donner de la masse à toutes les autres particules élémentaires ! Pour attraper le fameux boson, il aura fallu créer une machine extraordinaire : le LHC, (Large Hadrons Collider), le grand accélérateur de hadrons du CERN. Maintenant que la chasse au Higgs touche à sa fin, quelles sont désormais les perspectives pour la physique (et les physiciens) des particules ? http://paroledechercheurs.net/spip.php?article502 Wed, 19 Dec 2012 20:30:00 +0100 1:42:00 À quoi sert la connaissance de la nature ? Quelques réponses antiques et leurs enjeux actuels <p>Joan-Antoine</p> Mallet <p>Thomas</p> Benatouïl <p>Joan-Antoine</p> Mallet <p>Thomas</p> Benatouïl Aujourd'hui, les visées ou les retombées techniques de la science sont tellement importantes qu'elles occultent et marginalisent tous les autres usages possibles de la connaissance. Il est nécessaire de remonter à des étapes antérieures de l'histoire des sciences pour redécouvrir ces usages. La "science", du moins sa conception occidentale, est née en Grèce antique. On s'est souvent demandé pourquoi ; alors qu'il vaudrait mieux se demander pour quoi : à quels usages les penseurs grecs - mais aussi latins - qui ont défini et pratiqué les sciences de la nature les destinaient-ils ? Quels sont les divers objectifs assignés à la connaissance de la nature par Platon, Aristote, Épicure et Lucrèce, Sénèque ou Ptolémée ? Ces usages sont-ils devenus obsolètes ou gardent-ils encore aujourd'hui leur pertinence ? Aujourd'hui, les visées ou les retombées techniques de la science sont tellement importantes qu'elles occultent et marginalisent tous les autres usages possibles de la connaissance. Il est nécessaire de remonter à des étapes antérieures de l'histoire des sciences pour redécouvrir ces usages. La "science", du moins sa conception occidentale, est née en Grèce antique. On s'est souvent demandé pourquoi ; alors qu'il vaudrait mieux se demander pour quoi : à quels usages les penseurs grecs - mais aussi latins - qui ont défini et pratiqué les sciences de la nature les destinaient-ils ? Quels sont les divers objectifs assignés à la connaissance de la nature par Platon, Aristote, Épicure et Lucrèce, Sénèque ou Ptolémée ? Ces usages sont-ils devenus obsolètes ou gardent-ils encore aujourd'hui leur pertinence ? http://paroledechercheurs.net/spip.php?article500 Wed, 12 Dec 2012 20:30:00 +0100 01:40:35 Platon, Aristote, Epicure, Grèce antique, Fabriquer le vivant ? Ce que nous apprennent les sciences de la vie pour penser les défis de notre époque <p>Pierre-Henri</p> Gouyon <p>Agnès</p> Mignot <p>Pierre-Henri</p> Gouyon <p>Agnès</p> Mignot Dans leurs laboratoires, des biologistes espèrent aujourd'hui pouvoir « fabriquer la vie ». Grâce aux formidables avancées des sciences et des techniques, nous disent-ils, « tout est possible ». Et pourtant, dans nos sociétés postmodernes, cette vieille croyance qui fondait l'idéologie du progrès, garant du bonheur à venir, apparaît définitivement obsolète : la fin de cette idéologie a accouché en Occident de la domination sans partage de l'individualisme, qui mine désormais profondément le lien social. Comment expliquer ce paradoxe entre la technoscience triomphante et la profonde crise des fondements de la pensée qui caractérise notre époque ? En s'intéressant sérieusement aux défis philosophiques et scientifiques que soulèvent les récentes explorations des sciences du vivant, de la création de la vie en laboratoire aux recherches fondamentales en génétique. Car loin de se limiter au champ scientifique, le modèle organique permet de porter un autre regard, riche de surprises, sur les phénomènes sociaux. Dans leurs laboratoires, des biologistes espèrent aujourd'hui pouvoir « fabriquer la vie ». Grâce aux formidables avancées des sciences et des techniques, nous disent-ils, « tout est possible ». Et pourtant, dans nos sociétés postmodernes, cette vieille croyance qui fondait l'idéologie du progrès, garant du bonheur à venir, apparaît définitivement obsolète : la fin de cette idéologie a accouché en Occident de la domination sans partage de l'individualisme, qui mine désormais profondément le lien social. Comment expliquer ce paradoxe entre la technoscience triomphante et la profonde crise des fondements de la pensée qui caractérise notre époque ? En s'intéressant sérieusement aux défis philosophiques et scientifiques que soulèvent les récentes explorations des sciences du vivant, de la création de la vie en laboratoire aux recherches fondamentales en génétique. Car loin de se limiter au champ scientifique, le modèle organique permet de porter un autre regard, riche de surprises, sur les phénomènes sociaux. http://paroledechercheurs.net/spip.php?article499 Wed, 05 Dec 2012 20:30:00 +0100 01:52:10 nanotechnologie, biodiversité, Dédale, transhumanisme, Progressisme, Monsanto, OGM, La Géographie, ça sert, d'abord, à faire la guerre <p>Yves</p> Lacoste <p>Alain</p> Joyeux <p>Yves</p> Lacoste <p>Alain</p> Joyeux En 1976 paraissait chez François Maspero un livre au titre resté célèbre : La Géographie, ça sert, d'abord, à faire la guerre. 36 ans plus tard, ce titre et la plupart des analyses que contenait ce livre restent étonnement actuels et valables. Il ne s'agit bien sûr pas de stigmatiser certains usages de la Géographie (ou de la géopolitique), mais d'abord de rappeler l'origine historique de ce savoir fondamental et les étapes de son évolution. Il y a 25 siècles, Hérodote mène la première grande enquête géographique et géopolitique dans le cadre des guerres entre les Grecs et l'Empire perse. La géographie n'a ensuite cessé d'être liée à la guerre et aux conquêtes .Très différente, la géographie des professeurs apparaît seulement au XIX° siècle, d'abord en Allemagne, puis en France. Aujourd'hui, la présence massive des questions géopolitiques dans la vie de nos sociétés, leur omniprésence médiatique, invitent chaque citoyen à se poser à nouveau la question des usages et des pratiques de la Géographie. En 1976 paraissait chez François Maspero un livre au titre resté célèbre : La Géographie, ça sert, d'abord, à faire la guerre. 36 ans plus tard, ce titre et la plupart des analyses que contenait ce livre restent étonnement actuels et valables. Il ne s'agit bien sûr pas de stigmatiser certains usages de la Géographie (ou de la géopolitique), mais d'abord de rappeler l'origine historique de ce savoir fondamental et les étapes de son évolution. Il y a 25 siècles, Hérodote mène la première grande enquête géographique et géopolitique dans le cadre des guerres entre les Grecs et l'Empire perse. La géographie n'a ensuite cessé d'être liée à la guerre et aux conquêtes .Très différente, la géographie des professeurs apparaît seulement au XIX° siècle, d'abord en Allemagne, puis en France. Aujourd'hui, la présence massive des questions géopolitiques dans la vie de nos sociétés, leur omniprésence médiatique, invitent chaque citoyen à se poser à nouveau la question des usages et des pratiques de la Géographie. http://paroledechercheurs.net/spip.php?article498 Wed, 21 Nov 2012 20:30:00 +0100 1:50:07 Le destin de la connaissance à l'époque du néolibéralisme <p>Vincent</p> Taissère <p>Christian</p> Laval <p>Vincent</p> Taissère <p>Christian</p> Laval L'époque tend à la subordination des activités scientifiques et des pratiques éducatives à la logique du capitalisme néolibéral. La connaissance, sous l'effet des politiques publiques et de la concurrence mondiale, change de statut et de fonction. Elle est mise en marché, regardée sous l'angle exclusif de sa valeur économique, soumise à un management bureaucratique oppressif. Ce constat du basculement dans l'hyper-utilitarisme nous conduira à examiner les racines théoriques de cette conception et les facteurs historiques qui en assurent aujourd'hui le succès. Il nous amènera également à examiner les formes et les effets de cette mutation dans le champ de la recherche et dans celui de l'enseignement. Il nous invite à la résistance et, en fin de compte, à l'invention collective d'une connaissance réellement émancipée. L'époque tend à la subordination des activités scientifiques et des pratiques éducatives à la logique du capitalisme néolibéral. La connaissance, sous l'effet des politiques publiques et de la concurrence mondiale, change de statut et de fonction. Elle est mise en marché, regardée sous l'angle exclusif de sa valeur économique, soumise à un management bureaucratique oppressif. Ce constat du basculement dans l'hyper-utilitarisme nous conduira à examiner les racines théoriques de cette conception et les facteurs historiques qui en assurent aujourd'hui le succès. Il nous amènera également à examiner les formes et les effets de cette mutation dans le champ de la recherche et dans celui de l'enseignement. Il nous invite à la résistance et, en fin de compte, à l'invention collective d'une connaissance réellement émancipée. http://paroledechercheurs.net/spip.php?article497 Wed, 14 Nov 2012 20:30:00 +0100 1:50:14 La volonté que la liberté de l'autre soit <p>Simon</p> Galas <p>Jean-Claude</p> Ameisen <p>Simon</p> Galas <p>Jean-Claude</p> Ameisen Il n'y a pas de véritable démocratie sans partage de l'accès aux connaissances et de la possibilité de produire des connaissances. Il n'y a pas de connaissances qui ne soient ouvertes sur les autres et tissées avec les autres, et qui ne soient remises en question en permanence. C'est la démarche même des sciences, la condition du caractère ouvert et vivant des savoirs. A l'ombre des territoires révélés en pleine lumière dorment des continents inconnus - les connaissances de demain. Et seule la conscience de notre ignorance nous permet de nous y aventurer. La connaissance est du pouvoir disait Francis Bacon. Pouvoir de comprendre, et pouvoir d'agir sur le monde, sur nous-mêmes et les autres. Et avec le pouvoir vient - devrait venir - la responsabilité. Mais il n'y a pas de véritable responsabilité sans possibilité de choisir. Il n'y a pas de véritable choix sans liberté, et il n'y a pas de véritable liberté sans incertitude. A mesure que nous repoussons toujours plus loin les frontières de nos connaissances, la reconnaissance de la noblesse de cette incertitude est la condition même de l'exercice de notre liberté et de notre responsabilité. A condition de permettre à chacun d'accéder au droit d'exercer librement un choix. Et d'effacer les innombrables frontières entre ceux qui disent ˜nous' et ceux que l'on appelle ˜les autres'. Ces frontières qui retranchent les autres de notre commune humanité. Qui font sans cesse disparaître notre commune humanité. Qu'est ce qui devrait nous tenir éveillés la nuit ? demande Amartya Sen. Les tragédies que nous pouvons empêcher. Les injustices que nous pouvons réparer. Que signifie un développement durable s'il consiste à faire durer tant de tragédies ? Mettre nos connaissances au service d'un développement durable n'aura de sens véritablement humain que lorsqu'il s'agira enfin d'un développement équitable. Dans le monde. Et dans notre pays. On entre en éthique disait Paul Ricëur quand, à l'affirmation par soi de sa liberté, on ajoute l'affirmation de la volonté que la liberté de l'autre soit. Je veux que ta liberté soit. C'était inscrire la liberté de chacun au cœur de la solidarité collective. Ma liberté a besoin de la tienne pour se construire, et ta liberté a besoin de la mienne pour se construire. Elles se construisent ensemble. Dans une confiance réciproque, fondée sur des connaissances partagées, et avec la collectivité comme garant, elles permettent de tenter de faire émerger un monde ouvert sur tous les autres. Mais Toi, moi, ces mots semblaient si simples ! Que voulaient-ils dire vraiment ? demande le poète Farid-ud-Din ˜Attâr. Les sciences explorent d'autant plus efficacement le monde, le vivant et l'humain qu'elles les considèrent comme des objets d'étude, vus de l'extérieur. Les sciences, écrit Martin Buber, disent il ou elle, quand il s'agit de nous. Mais nous nous vivons comme des Je qui disent Tu, attendant que les autres nous disent Tu, pour pouvoir construire un Nous. Et la démarche éthique consiste à nous réapproprier ce que nous apprenons sur le monde et sur nous-mêmes, pour le mettre au service de ce qui dépasse toute connaissance : le respect pour ce qu'il y a d'unique, de singulier, et d'à jamais inconnaissable en chacun de nous - et qui fonde la notion même d'égalité. La démarche scientifique considère les connaissances comme a priori toujours incomplètes. La démarche éthique considère les connaissances comme a priori toujours insuffisantes. Indispensables, mais insuffisantes, quand il s'agit de Toi, de moi, de Nous - quand il s'agit d'inventer, librement, notre avenir commun. Jean-Claude Ameisen est médecin et chercheur en biologie. Membre du Comité consultatif national d'éthique, il est aussi l'auteur de plusieurs essais, parmi lesquels Dans la Lumière et les Ombres. Darwin et le bouleversement du monde (Fayard/Seuil). Il a crée pour France Inter l'émission « Sur les épaules de Darwin » qu'il anime depuis 2010. Il n'y a pas de véritable démocratie sans partage de l'accès aux connaissances et de la possibilité de produire des connaissances. Il n'y a pas de connaissances qui ne soient ouvertes sur les autres et tissées avec les autres, et qui ne soient remises en question en permanence. C'est la démarche même des sciences, la condition du caractère ouvert et vivant des savoirs. A l'ombre des territoires révélés en pleine lumière dorment des continents inconnus - les connaissances de demain. Et seule la conscience de notre ignorance nous permet de nous y aventurer. La connaissance est du pouvoir disait Francis Bacon. Pouvoir de comprendre, et pouvoir d'agir sur le monde, sur nous-mêmes et les autres. Et avec le pouvoir vient - devrait venir - la responsabilité. Mais il n'y a pas de véritable responsabilité sans possibilité de choisir. Il n'y a pas de véritable choix sans liberté, et il n'y a pas de véritable liberté sans incertitude. A mesure que nous repoussons toujours plus loin les frontières de nos connaissances, la reconnaissance de la noblesse de cette incertitude est la condition même de l'exercice de notre liberté et de notre responsabilité. A condition de permettre à chacun d'accéder au droit d'exercer librement un choix. Et d'effacer les innombrables frontières entre ceux qui disent ˜nous' et ceux que l'on appelle ˜les autres'. Ces frontières qui retranchent les autres de notre commune humanité. Qui font sans cesse disparaître notre commune humanité. Qu'est ce qui devrait nous tenir éveillés la nuit ? demande Amartya Sen. Les tragédies que nous pouvons empêcher. Les injustices que nous pouvons réparer. Que signifie un développement durable s'il consiste à faire durer tant de tragédies ? Mettre nos connaissances au service d'un développement durable n'aura de sens véritablement humain que lorsqu'il s'agira enfin d'un développement équitable. Dans le monde. Et dans notre pays. On entre en éthique disait Paul Ricëur quand, à l'affirmation par soi de sa liberté, on ajoute l'affirmation de la volonté que la liberté de l'autre soit. Je veux que ta liberté soit. C'était inscrire la liberté de chacun au cœur de la solidarité collective. Ma liberté a besoin de la tienne pour se construire, et ta liberté a besoin de la mienne pour se construire. Elles se construisent ensemble. Dans une confiance réciproque, fondée sur des connaissances partagées, et avec la collectivité comme garant, elles permettent de tenter de faire émerger un monde ouvert sur tous les autres. Mais Toi, moi, ces mots semblaient si simples ! Que voulaient-ils dire vraiment ? demande le poète Farid-ud-Din ˜Attâr. Les sciences explorent d'autant plus efficacement le monde, le vivant et l'humain qu'elles les considèrent comme des objets d'étude, vus de l'extérieur. Les sciences, écrit Martin Buber, disent il ou elle, quand il s'agit de nous. Mais nous nous vivons comme des Je qui disent Tu, attendant que les autres nous disent Tu, pour pouvoir construire un Nous. Et la démarche éthique consiste à nous réapproprier ce que nous apprenons sur le monde et sur nous-mêmes, pour le mettre au service de ce qui dépasse toute connaissance : le respect pour ce qu'il y a d'unique, de singulier, et d'à jamais inconnaissable en chacun de nous - et qui fonde la notion même d'égalité. La démarche scientifique considère les connaissances comme a priori toujours incomplètes. La démarche éthique considère les connaissances comme a priori toujours insuffisantes. Indispensables, mais insuffisantes, quand il s'agit de Toi, de moi, de Nous - quand il s'agit d'inventer, librement, notre avenir commun. Jean-Claude Ameisen est médecin et chercheur en biologie. Membre du Comité consultatif national d'éthique, il est aussi l'auteur de plusieurs essais, parmi lesquels Dans la Lumière et les Ombres. Darwin et le bouleversement du monde (Fayard/Seuil). Il a crée pour France Inter l'émission « Sur les épaules de Darwin » qu'il anime depuis 2010. http://paroledechercheurs.net/spip.php?article496 Tue, 06 Nov 2012 20:30:00 +0100 1:43:00 démocratie, volonté, Portrait de savant : Dimitri Mendeleiev <p>Danielle</p> Fauque <p>Danielle</p> Fauque Dimitri Mendeleiev et la classification périodique des éléments Le tableau périodique des éléments est aujourd’hui un incontournable tant dans l’enseignement que dans la recherche ; il fait partie intégrante de notre culture générale et apparaît comme une vérité établie. La proposition de Mendeleiev se situe dans une période de bouleversement en chimie et dans un flux d’informations nouvelles, tant sur le plan théorique, avec une théorie atomique qui s’affirme, que sur le plan industriel, avec l’expansion sans limites de l’industrie des colorants artificiels et de ses corollaires. Le congrès international des chimistes à Karlsruhe en 1860 avait été l’occasion pour Stanislao Cannizzaro de préciser les définitions de l’atome et de la molécule, propositions qui confortèrent le jeune Mendeleiev dans ses choix théoriques. En groupant les éléments aux propriétés voisines par famille naturelle, la périodicité apparaît : « les propriétés chimiques sont des fonctions périodiques de leur poids atomique ». Le chimiste russe n’est pas le premier à tenter cette aventure, mais le tableau qu’il fournit est le plus fécond. Cependant, la première version qu’il publie en 1869 n’est pas acceptée immédiatement. Ce sont les découvertes du gallium (1875), du scandium (1879) et du germanium (1886) prédites par ce tableau, qui le firent reconnaître comme une clé pour la chimie… Dimitri Mendeleiev et la classification périodique des éléments Le tableau périodique des éléments est aujourd’hui un incontournable tant dans l’enseignement que dans la recherche ; il fait partie intégrante de notre culture générale et apparaît comme une vérité établie. La proposition de Mendeleiev se situe dans une période de bouleversement en chimie et dans un flux d’informations nouvelles, tant sur le plan théorique, avec une théorie atomique qui s’affirme, que sur le plan industriel, avec l’expansion sans limites de l’industrie des colorants artificiels et de ses corollaires. Le congrès international des chimistes à Karlsruhe en 1860 avait été l’occasion pour Stanislao Cannizzaro de préciser les définitions de l’atome et de la molécule, propositions qui confortèrent le jeune Mendeleiev dans ses choix théoriques. En groupant les éléments aux propriétés voisines par famille naturelle, la périodicité apparaît : « les propriétés chimiques sont des fonctions périodiques de leur poids atomique ». Le chimiste russe n’est pas le premier à tenter cette aventure, mais le tableau qu’il fournit est le plus fécond. Cependant, la première version qu’il publie en 1869 n’est pas acceptée immédiatement. Ce sont les découvertes du gallium (1875), du scandium (1879) et du germanium (1886) prédites par ce tableau, qui le firent reconnaître comme une clé pour la chimie… http://paroledechercheurs.net/spip.php?article534 Wed, 22 May 2013 20:30:00 +0200 01:49:46 Ambroise Paré (1510-1590) <p>Roger</p> Dachez <p>Roger</p> Dachez Ambroise Paré (1510-1590) est, à l’image de la Renaissance dans son ensemble, un paradoxe vivant. Venu du petit peuple, dépourvu de diplômes, il va refonder la chirurgie en faisant prévaloir les données de l’expérience sur les dogmes galéniques pieusement transmis depuis plus de 15 siècles. Il se heurta au conservatisme des Universités mais triomphera en s’appuyant sur la faveur des puissants. Ses oeuvres, qui révolutionnent l’art de guérir, sont pourtant encore parsemées de superstitions naïves et de récits fabuleux qu’aucune critique ne semble effleurer. Contraste de toute une époque, de tout un temps, Ambroise Paré est ainsi pour nous le visage vivant de ce basculement de l’intelligence et des savoirs qui devaient conduire, quelques décennies plus tard, à la Révolution scientifique du XVIIe siècle. Ambroise Paré (1510-1590) est, à l’image de la Renaissance dans son ensemble, un paradoxe vivant. Venu du petit peuple, dépourvu de diplômes, il va refonder la chirurgie en faisant prévaloir les données de l’expérience sur les dogmes galéniques pieusement transmis depuis plus de 15 siècles. Il se heurta au conservatisme des Universités mais triomphera en s’appuyant sur la faveur des puissants. Ses oeuvres, qui révolutionnent l’art de guérir, sont pourtant encore parsemées de superstitions naïves et de récits fabuleux qu’aucune critique ne semble effleurer. Contraste de toute une époque, de tout un temps, Ambroise Paré est ainsi pour nous le visage vivant de ce basculement de l’intelligence et des savoirs qui devaient conduire, quelques décennies plus tard, à la Révolution scientifique du XVIIe siècle. http://paroledechercheurs.net/spip.php?article513 Wed, 27 Mar 2013 20:30:00 +0100 01:40:07 Henri Poincaré : Je doute donc je construis <p>Thomas</p> Hausberger <p>Damien</p> Gayet <p>Thomas</p> Hausberger <p>Damien</p> Gayet Mathématicien foisonnant, physicien polymorphe, philosophe audacieux, Henri Poincaré a bâti à lui seul des pans entiers de la pensée scientifique. Nous commencerons dans cette conférence par dresser un court portrait de cet incroyable personnage et de son oeuvre. Puis nous partirons d'une question apparemment innocente, celle de la forme de la Terre, afin de plonger plus profondément dans l'univers de ce grand créateur. Au cours de ce voyage entre géométrie, astronomie et épistémologie, Poincaré ébranlera nos certitudes et nos intuitions, puis nous étonnera par ses intrigantes et élégantes théories créées pour résoudre les énigmes qu'il aura soulevées. Sur le chemin, nous croiserons, entre autres, un graphologue malhonnête, des mules équatoriennes et des voyelles colorées. Mathématicien foisonnant, physicien polymorphe, philosophe audacieux, Henri Poincaré a bâti à lui seul des pans entiers de la pensée scientifique. Nous commencerons dans cette conférence par dresser un court portrait de cet incroyable personnage et de son oeuvre. Puis nous partirons d'une question apparemment innocente, celle de la forme de la Terre, afin de plonger plus profondément dans l'univers de ce grand créateur. Au cours de ce voyage entre géométrie, astronomie et épistémologie, Poincaré ébranlera nos certitudes et nos intuitions, puis nous étonnera par ses intrigantes et élégantes théories créées pour résoudre les énigmes qu'il aura soulevées. Sur le chemin, nous croiserons, entre autres, un graphologue malhonnête, des mules équatoriennes et des voyelles colorées. http://paroledechercheurs.net/spip.php?article506 Wed, 23 Jan 2013 20:30:00 +0100 01:39:35 Georges Cuvier : Fondateur de science et créateur de mythes <p>Claudine</p> Cohen <p>Claudine</p> Cohen L'année 2012 marque le bicentenaire de la publication d'une oeuvre scientifique majeure, Les Recherches sur les ossements fossiles de quadrupèdes (4 volumes, Paris 1812) de Georges Cuvier. En identifiant les mystérieux « objets fossiles » trouvés dans les couches de la Terre comme les restes d'animaux éteints, en décrivant les principes théoriques et les méthodes pratiques pour reconstituer les faunes et les flores des mondes révolus, ce grand anatomiste fondait un savoir neuf. Il imposait dans les sciences de la nature la notion d'une histoire du vivant, et offrait en cette aube du 19e siècle la vision de la nouveauté et de la diversité extraordinaires des mondes préhistoriques. Fondateur d'une science, la paléontologie des Vertébrés, Cuvier fut aussi un homme de pouvoir et un créateur de mythes : mythe de l'infaillibilité du savant capable de reconstituer de gigantesques animaux inconnus grâce à d'infimes vestiges. Mythe d'une histoire du monde vivant bouleversée par d'immenses cataclysmes, qui ont périodiquement anéanti des faunes entières. Ce « catastrophisme » né en partie de l'imaginaire post-révolutionnaire, et rendu caduque au cours du 19e siècle par le triomphe des idées transformistes, resurgit aujourd'hui en paléontologie et en géologie dans le cadre d'approches renouvelées des « extinctions de masse ». L'année 2012 marque le bicentenaire de la publication d'une oeuvre scientifique majeure, Les Recherches sur les ossements fossiles de quadrupèdes (4 volumes, Paris 1812) de Georges Cuvier. En identifiant les mystérieux « objets fossiles » trouvés dans les couches de la Terre comme les restes d'animaux éteints, en décrivant les principes théoriques et les méthodes pratiques pour reconstituer les faunes et les flores des mondes révolus, ce grand anatomiste fondait un savoir neuf. Il imposait dans les sciences de la nature la notion d'une histoire du vivant, et offrait en cette aube du 19e siècle la vision de la nouveauté et de la diversité extraordinaires des mondes préhistoriques. Fondateur d'une science, la paléontologie des Vertébrés, Cuvier fut aussi un homme de pouvoir et un créateur de mythes : mythe de l'infaillibilité du savant capable de reconstituer de gigantesques animaux inconnus grâce à d'infimes vestiges. Mythe d'une histoire du monde vivant bouleversée par d'immenses cataclysmes, qui ont périodiquement anéanti des faunes entières. Ce « catastrophisme » né en partie de l'imaginaire post-révolutionnaire, et rendu caduque au cours du 19e siècle par le triomphe des idées transformistes, resurgit aujourd'hui en paléontologie et en géologie dans le cadre d'approches renouvelées des « extinctions de masse ». http://paroledechercheurs.net/spip.php?article503 Wed, 28 Nov 2012 20:30:00 +0100 1:30:15