Saison 07 : Le Proche et le lointain http://paroledechercheurs.net/spip.php?rubrique236 Après les (R)évolutions la saison dernière, l’Agora des savoirs a proposé cette année à 22 universitaires d’interroger le proche et le lointain. Des mathématiques à l’histoire, de la géologie à la chimie, de l’ethnologie à la paléontologie, de la philosophie à la physique, de nombreuses disciplines seront ainsi convoquées le mercredi soir au Centre Rabelais autour de questions souvent ludiques, parfois mystérieuses, toujours passionnantes. L’urgence climatique et ses lointaines conséquences, l’accueil que nous sommes en mesure de faire à l’autre qui frappe aux portes de l’Europe, les jeux d’échelle qui déterminent aujourd’hui le sort des conflits, l’histoire de la Méditerranée et la multiplicité des identités qui s’y rencontrent et superposent : autant de thèmes sous-tendus par les relations complexes entre le proche et le lointain, l’hier et l’aujourd’hui, l’identique et le différent, l’ici et l’ailleurs, l’humain et l’inhumain. C’est de leur rapprochement que naissent souvent une meilleure connaissance et une meilleure compréhension du monde qui nous entoure et de nous-mêmes ; et c’est également ce rapprochement qui nous permet d’appréhender ce qui nous est le plus étranger, les objets et les mondes disparus, les époques révolues… Cette année encore, jeunes chercheurs et grandes figures du monde du savoir et des sciences auront à cœur de partager avec vous les fruits de leur travaux et d’illustrer l’impérieuse nécessité de la connaissance face à la complexité du monde. Antoine Bourlier antoine.bourlier@mshsud.org no SPIP : 3.2.1 [23954] http://www.rssboard.org/rss-specification fr © Maison des Sciences de l'Homme de Montpellier 2006-2017 antoine.bourlier@mshsud.org (Antoine Bourlier) antoine.bourlier@mshsud.org (Antoine Bourlier) Saison 07 : Le Proche et le lointain http://paroledechercheurs.net/local/cache-vignettes/L600xH600/rubon236-52fd3.jpg?1540775395 http://paroledechercheurs.net/spip.php?rubrique236 Conférence de clôture : L'Antiquité ou la double tentation <p>Florence</p> Dupont <p>Florence</p> Dupont La querelle sur l'enseignement du latin (et du grec) au collège s'est alimentée des deux côtés de contre-vérités tenues pour des évidences. Les tenants des humanités classiques répètent que le français vient du latin (et du grec ?), que la civilisation européenne et ses valeurs s'enracinent dans la civilisation gréco-romaine. Les opposants aux Humanités contre-attaquent en déplaçant le débat : la connaissance de l'Antiquité serait obsolète, inutile à une époque moderne. Le latin et le grec ne serviraient à rien. Curieusement les deux adversaires n'ont jamais dépassé le niveau de l'invective, car bloqués dans deux positions intellectuellement intenables, deux tentations rassurantes. La première position est la tentation de l'identité. Nous sommes nous-mêmes comme héritiers des Grecs et des Romains. La seconde position est celle de l'altérité. Nous sommes nous-mêmes parce que nous avons accédé à une culture mondiale et contemporaine où le chinois et l'arabe ont remplacé le grec et le latin. Ces deux positions sont des tentations, des croyances qui ne résistent pas à une analyse critique, en termes historiques, anthropologiques et linguistiques. En conclusion je proposerai une troisième position qui, grâce la notion d'Écarts substitue à une Antiquité conservatoire, une Antiquité laboratoire. La querelle sur l'enseignement du latin (et du grec) au collège s'est alimentée des deux côtés de contre-vérités tenues pour des évidences. Les tenants des humanités classiques répètent que le français vient du latin (et du grec ?), que la civilisation européenne et ses valeurs s'enracinent dans la civilisation gréco-romaine. Les opposants aux Humanités contre-attaquent en déplaçant le débat : la connaissance de l'Antiquité serait obsolète, inutile à une époque moderne. Le latin et le grec ne serviraient à rien. Curieusement les deux adversaires n'ont jamais dépassé le niveau de l'invective, car bloqués dans deux positions intellectuellement intenables, deux tentations rassurantes. La première position est la tentation de l'identité. Nous sommes nous-mêmes comme héritiers des Grecs et des Romains. La seconde position est celle de l'altérité. Nous sommes nous-mêmes parce que nous avons accédé à une culture mondiale et contemporaine où le chinois et l'arabe ont remplacé le grec et le latin. Ces deux positions sont des tentations, des croyances qui ne résistent pas à une analyse critique, en termes historiques, anthropologiques et linguistiques. En conclusion je proposerai une troisième position qui, grâce la notion d'Écarts substitue à une Antiquité conservatoire, une Antiquité laboratoire. http://paroledechercheurs.net/spip.php?article690 Wed, 11 May 2016 20:30:00 +0200 Les mondes perdus d'Amazonie <p>Pierre-Olivier</p> Antoine <p>Pierre-Olivier</p> Antoine Le bassin amazonien abrite la plus vaste forêt tropicale terrestre actuelle, dotée d'une biodiversité unique à l'échelle du globe. Aujourd'hui, les aléas climatiques et le fractionnement des habitats lié à la déforestation mettent en péril l'équilibre précaire de ces écosystèmes incroyablement complexes. La biodiversité amazonienne a-t-elle toujours été aussi riche ? Quelles sont les modalités de son émergence et de sa dynamique, les conditions qui l'ont régie dans le temps profond ? Quels organismes vivaient jadis dans ce qui est aujourd'hui l'Amazonie ? À chaque nouvelle crue, les fleuves amazoniens creusent leurs berges. Les roches ainsi dénudées livrent des fossiles aux paléontologues, comme autant d'indices précieux sur le passé de notre planète. Remonter aux sources de la biodiversité amazonienne, animale ou végétale, permet de mieux comprendre son évolution au cours des temps, et de réfléchir avec recul à son érosion actuelle... à défaut de la prévenir. Le bassin amazonien abrite la plus vaste forêt tropicale terrestre actuelle, dotée d'une biodiversité unique à l'échelle du globe. Aujourd'hui, les aléas climatiques et le fractionnement des habitats lié à la déforestation mettent en péril l'équilibre précaire de ces écosystèmes incroyablement complexes. La biodiversité amazonienne a-t-elle toujours été aussi riche ? Quelles sont les modalités de son émergence et de sa dynamique, les conditions qui l'ont régie dans le temps profond ? Quels organismes vivaient jadis dans ce qui est aujourd'hui l'Amazonie ? À chaque nouvelle crue, les fleuves amazoniens creusent leurs berges. Les roches ainsi dénudées livrent des fossiles aux paléontologues, comme autant d'indices précieux sur le passé de notre planète. Remonter aux sources de la biodiversité amazonienne, animale ou végétale, permet de mieux comprendre son évolution au cours des temps, et de réfléchir avec recul à son érosion actuelle... à défaut de la prévenir. http://paroledechercheurs.net/spip.php?article689 Wed, 04 May 2016 20:30:00 +0200 L'avènement de l'être humaine <p>Camille</p> Froidevaux-Metterie <p>Camille</p> Froidevaux-Metterie On ne mesure pas bien la fulgurance du mouvement d'émancipation des femmes, ni toujours la profondeur des transformations à l'œuvre. En quelques décennies, sur fond de disparition du partage privé-féminin/public-masculin, nous avons assisté à l'enracinement d'une condition féminine totalement inédite. Être une femme aujourd'hui, c'est être à la fois un individu de droits pleinement légitime dans la sphère sociale et un sujet de sexe féminin toujours requis dans l'espace intime des relations affectives et familiales. C'est cette dualité qu'il s'agit de penser, en saisissant ce que recouvre la dimension incarnée de l'existence féminine par-delà la stigmatisation séculaire du corps des femmes. Nous pouvons ainsi proposer une approche féministe renouvelée qui intègre les transformations de la condition masculine et qui repère la contribution décisive de celle qu'il convient d'appeler l'être humaine. On ne mesure pas bien la fulgurance du mouvement d'émancipation des femmes, ni toujours la profondeur des transformations à l'œuvre. En quelques décennies, sur fond de disparition du partage privé-féminin/public-masculin, nous avons assisté à l'enracinement d'une condition féminine totalement inédite. Être une femme aujourd'hui, c'est être à la fois un individu de droits pleinement légitime dans la sphère sociale et un sujet de sexe féminin toujours requis dans l'espace intime des relations affectives et familiales. C'est cette dualité qu'il s'agit de penser, en saisissant ce que recouvre la dimension incarnée de l'existence féminine par-delà la stigmatisation séculaire du corps des femmes. Nous pouvons ainsi proposer une approche féministe renouvelée qui intègre les transformations de la condition masculine et qui repère la contribution décisive de celle qu'il convient d'appeler l'être humaine. http://paroledechercheurs.net/spip.php?article688 Wed, 13 Apr 2016 20:30:00 +0200 Quoi de neuf dans les mathématiques de la Chine ancienne ? <p>Karine</p> Chemla <p>Karine</p> Chemla Au cours des dernières décennies, les archéologues ont découvert de nombreux documents mathématiques chinois anciens, jusqu'alors inconnus. Manuscrits datant des IIIe et IIe siècles avant notre ère, ces écrits permettent de jeter une lumière tout à fait nouvelle sur les mathématiques de la Chine ancienne. La conférence évoquera la nature et le contenu de ces nouveaux textes. Elle mettra par ailleurs en évidence comment ils complètent les documents sur la base desquels nous écrivions, jusqu'il y a peu, l'histoire des mathématiques en Chine ancienne, et comment ils modifient nos connaissances en la matière. La conférence se conclura sur la question de savoir comment nous pouvons placer les savoirs et les pratiques mathématiques développés en Chine ancienne dans une histoire mondiale des mathématiques. Au cours des dernières décennies, les archéologues ont découvert de nombreux documents mathématiques chinois anciens, jusqu'alors inconnus. Manuscrits datant des IIIe et IIe siècles avant notre ère, ces écrits permettent de jeter une lumière tout à fait nouvelle sur les mathématiques de la Chine ancienne. La conférence évoquera la nature et le contenu de ces nouveaux textes. Elle mettra par ailleurs en évidence comment ils complètent les documents sur la base desquels nous écrivions, jusqu'il y a peu, l'histoire des mathématiques en Chine ancienne, et comment ils modifient nos connaissances en la matière. La conférence se conclura sur la question de savoir comment nous pouvons placer les savoirs et les pratiques mathématiques développés en Chine ancienne dans une histoire mondiale des mathématiques. http://paroledechercheurs.net/spip.php?article687 Wed, 06 Apr 2016 20:30:00 +0200 « Je ne suis pas raciste, mais... » <p>Magali</p> Bessone <p>Magali</p> Bessone On estime parfois que le racisme, comme idéologie soutenant qu'il existe des races humaines par nature et que certaines races « valent » mieux que d'autres, est la seule source des discriminations raciales ou ethno-raciales – c'est-à-dire de comportements différenciés et provoquant un impact négatif, visant des individus en raison de leur appartenance à une race supposée. Ainsi la législation française s'est-elle concentrée sur la criminalisation du racisme d'expression. Or les études de psychologie sociale montrent que les discriminations peuvent procéder de manière non intentionnelle, voire totalement à l'insu des agents, qui professent ouvertement, et de bonne foi, une détestation du racisme. Tenir compte de nos biais et distorsions cognitives permettrait de mettre en place une législation plus adaptée à la réalité des discriminations, moins culpabilisante pour tous, enfin de lutter plus efficacement contre le racisme aujourd'hui. On estime parfois que le racisme, comme idéologie soutenant qu'il existe des races humaines par nature et que certaines races « valent » mieux que d'autres, est la seule source des discriminations raciales ou ethno-raciales – c'est-à-dire de comportements différenciés et provoquant un impact négatif, visant des individus en raison de leur appartenance à une race supposée. Ainsi la législation française s'est-elle concentrée sur la criminalisation du racisme d'expression. Or les études de psychologie sociale montrent que les discriminations peuvent procéder de manière non intentionnelle, voire totalement à l'insu des agents, qui professent ouvertement, et de bonne foi, une détestation du racisme. Tenir compte de nos biais et distorsions cognitives permettrait de mettre en place une législation plus adaptée à la réalité des discriminations, moins culpabilisante pour tous, enfin de lutter plus efficacement contre le racisme aujourd'hui. http://paroledechercheurs.net/spip.php?article686 Wed, 30 Mar 2016 20:30:00 +0200 L'étranger en soi-même <p>Patrick</p> Guyomard <p>Patrick</p> Guyomard L'expérience de la psychanalyse, dans laquelle l'inconscient s'invite comme un hôte inattendu et insaisissable, est une expérience de l'Autre. Les modalités de l'altérité, du proche et du loin de soi, sont à la fois convoquées et constituantes. Un proche, une proximité, qui ne se laisse pas réduire au prochain. Un lointain qui renvoie moins à une distance à parcourir qu'à un inaccessible, un infranchissable impossible à réduire. Ces questions sont au cœur de la clinique. La psychanalyse en appréhende la dynamique dans la pensée du transfert et du contre-transfert. Quels sont les enseignements de son expérience ? L'expérience de la psychanalyse, dans laquelle l'inconscient s'invite comme un hôte inattendu et insaisissable, est une expérience de l'Autre. Les modalités de l'altérité, du proche et du loin de soi, sont à la fois convoquées et constituantes. Un proche, une proximité, qui ne se laisse pas réduire au prochain. Un lointain qui renvoie moins à une distance à parcourir qu'à un inaccessible, un infranchissable impossible à réduire. Ces questions sont au cœur de la clinique. La psychanalyse en appréhende la dynamique dans la pensée du transfert et du contre-transfert. Quels sont les enseignements de son expérience ? http://paroledechercheurs.net/spip.php?article685 Wed, 23 Mar 2016 20:30:00 +0100 Sagalassos. Première ville de la Pisidie et perle du Taurus (Turquie) <p>Marc</p> Waelkens <p>Marc</p> Waelkens En partenariat avec Les Mercredis de l’Antiquité Découverte par un envoyé de Louis XIV en 1706, la ville de Sagalassos, située au sud-ouest de la Turquie, était réputée au XIXe siècle comme l’une des villes antiques les mieux conservées. Quelque peu oubliée à l’époque des grands chantiers de fouilles des métropoles de la côte égéenne, elle devint à partir de 1989 le lieu d’une des plus grandes fouilles du monde classique. Conquise par Alexandre le Grand, la population indigène de la ville (les Pisidiens) fut vite hellénisée. Après son incorporation par Auguste dans l’Empire romain en 25 av. J.-C., la ville subit une vraie métamorphose urbanistique qui la plaça au rang des grandes métropoles contemporaines de l’Anatolie. Reconnue comme centre officiel du culte impérial pour toute la Pisidie en 118/119 ap. J.-C., puis christianisée dès le IVe siècle, la ville protégea encore pendant des siècles son patrimoine païen, tout en maintenant sa prospérité. Touchée par un premier tremblement de terre vers 500 ap. J.-C., la ville fut réduite à une grande agglomération agricole par la peste et finalement à un village fortifié par un deuxième séisme, en 602-610 ap. J.-C. Les Seldjoukides, devenus maîtres de la région au début du XIIIe siècle, déplacèrent les derniers habitants dans les vallées en contrebas. L’altitude de la ville et une érosion spectaculaire ont épargné le site des pillages. De grands programmes de restauration en ont fait aujourd’hui un des sites les mieux conservés et les plus spectaculaires de Turquie. En partenariat avec Les Mercredis de l’Antiquité Découverte par un envoyé de Louis XIV en 1706, la ville de Sagalassos, située au sud-ouest de la Turquie, était réputée au XIXe siècle comme l’une des villes antiques les mieux conservées. Quelque peu oubliée à l’époque des grands chantiers de fouilles des métropoles de la côte égéenne, elle devint à partir de 1989 le lieu d’une des plus grandes fouilles du monde classique. Conquise par Alexandre le Grand, la population indigène de la ville (les Pisidiens) fut vite hellénisée. Après son incorporation par Auguste dans l’Empire romain en 25 av. J.-C., la ville subit une vraie métamorphose urbanistique qui la plaça au rang des grandes métropoles contemporaines de l’Anatolie. Reconnue comme centre officiel du culte impérial pour toute la Pisidie en 118/119 ap. J.-C., puis christianisée dès le IVe siècle, la ville protégea encore pendant des siècles son patrimoine païen, tout en maintenant sa prospérité. Touchée par un premier tremblement de terre vers 500 ap. J.-C., la ville fut réduite à une grande agglomération agricole par la peste et finalement à un village fortifié par un deuxième séisme, en 602-610 ap. J.-C. Les Seldjoukides, devenus maîtres de la région au début du XIIIe siècle, déplacèrent les derniers habitants dans les vallées en contrebas. L’altitude de la ville et une érosion spectaculaire ont épargné le site des pillages. De grands programmes de restauration en ont fait aujourd’hui un des sites les mieux conservés et les plus spectaculaires de Turquie. http://paroledechercheurs.net/spip.php?article684 Wed, 16 Mar 2016 20:30:00 +0100 Si proche et si lointain, le Rayonnement de fond cosmologique <p>Joseph</p> Silk <p>Joseph</p> Silk Aujourd'hui, les astronomes peuvent scruter dans le passé grâce aux plus grands télescopes du monde. Ils y voient des milliards de galaxies, et trouvent des indications sur l'évolution et les premiers âges. Avant les premières galaxies, il y avait l'âge des ténèbres. Et avant cela, le Big Bang. Joseph Silk décrira comment le rayonnement fossile du début de l'univers, le rayonnement de fond diffus cosmologique, a ouvert une fenêtre pour sonder les conditions initiales qui ont permis l'évolution de la structure. Les infimes variations de température dans le ciel, découvertes pour la première fois en 1992, fournissent des données fossiles sur les fluctuations qui ont présidé à la formation des galaxies et de la totalité de la structure à grande échelle de l'univers. Aujourd'hui, les astronomes peuvent scruter dans le passé grâce aux plus grands télescopes du monde. Ils y voient des milliards de galaxies, et trouvent des indications sur l'évolution et les premiers âges. Avant les premières galaxies, il y avait l'âge des ténèbres. Et avant cela, le Big Bang. Joseph Silk décrira comment le rayonnement fossile du début de l'univers, le rayonnement de fond diffus cosmologique, a ouvert une fenêtre pour sonder les conditions initiales qui ont permis l'évolution de la structure. Les infimes variations de température dans le ciel, découvertes pour la première fois en 1992, fournissent des données fossiles sur les fluctuations qui ont présidé à la formation des galaxies et de la totalité de la structure à grande échelle de l'univers. http://paroledechercheurs.net/spip.php?article683 Wed, 09 Mar 2016 20:30:00 +0100 Étudier les séismes passés (paléosismologie) : une approche essentielle pour prévoir les tremblements de terre <p>Jean-François</p> Ritz <p>Jean-François</p> Ritz On sait aujourd'hui que le « cycle » sismique, autrement dit la période moyenne de retour d'un séisme le long d'une faille active, peut être long (plusieurs siècles), voire très long (plusieurs milliers d'années). On sait aussi qu'il existe des failles actives pour lesquelles on ne dispose ni de données sismologiques instrumentales (100 ans d'enregistrement), ni de données de sismicité historique (1000-2000 ans selon les pays). Pour caractériser l'activité d'une faille il est donc nécessaire d'ouvrir la fenêtre d'observation sur des périodes suffisamment longues allant de l'Actuel jusqu'à 10.000 voire 100.000 ans. Cette approche appelée paléosismologie consiste à détecter et analyser les marqueurs des déformations sismiques dans la morphologie et dans la stratigraphie des dépôts les plus récents (Quaternaire). L'objectif de cette conférence est d'illustrer l'apport de cette approche dans l'analyse du risque sismique et la compréhension du fonctionnement des failles actives à travers des exemples d'études situés en Asie. On sait aujourd'hui que le « cycle » sismique, autrement dit la période moyenne de retour d'un séisme le long d'une faille active, peut être long (plusieurs siècles), voire très long (plusieurs milliers d'années). On sait aussi qu'il existe des failles actives pour lesquelles on ne dispose ni de données sismologiques instrumentales (100 ans d'enregistrement), ni de données de sismicité historique (1000-2000 ans selon les pays). Pour caractériser l'activité d'une faille il est donc nécessaire d'ouvrir la fenêtre d'observation sur des périodes suffisamment longues allant de l'Actuel jusqu'à 10.000 voire 100.000 ans. Cette approche appelée paléosismologie consiste à détecter et analyser les marqueurs des déformations sismiques dans la morphologie et dans la stratigraphie des dépôts les plus récents (Quaternaire). L'objectif de cette conférence est d'illustrer l'apport de cette approche dans l'analyse du risque sismique et la compréhension du fonctionnement des failles actives à travers des exemples d'études situés en Asie. http://paroledechercheurs.net/spip.php?article682 Wed, 17 Feb 2016 20:30:00 +0100 Pour une histoire laïque du monde arabe <p>Jean-Pierre</p> Filiu <p>Jean-Pierre</p> Filiu Une actualité saturée de violence et une certaine paresse intellectuelle amènent trop souvent à occulter la profondeur historique des convulsions qui agitent le monde arabe. Or il s'agit d'une crise de type révolutionnaire et de longue durée, qui elle-même s'inscrit dans le prolongement de deux siècles de luttes pour la libération collective et l'émancipation individuelle. Retrouver la dynamique historique est nécessaire pour dégager du sens là où l'accumulation des horreurs suscite accablement et incompréhension, voire rejet et hostilité. A cela s'ajoute l'islamisation des Arabes dans le débat français, islamisation qui plonge ses racines dans un passé colonial prompt à traiter les peuples arabes en « masses » musulmanes. Rompre avec cette islamisation insidieuse, c'est rouvrir la voie à une histoire laïque du monde arabe. Une actualité saturée de violence et une certaine paresse intellectuelle amènent trop souvent à occulter la profondeur historique des convulsions qui agitent le monde arabe. Or il s'agit d'une crise de type révolutionnaire et de longue durée, qui elle-même s'inscrit dans le prolongement de deux siècles de luttes pour la libération collective et l'émancipation individuelle. Retrouver la dynamique historique est nécessaire pour dégager du sens là où l'accumulation des horreurs suscite accablement et incompréhension, voire rejet et hostilité. A cela s'ajoute l'islamisation des Arabes dans le débat français, islamisation qui plonge ses racines dans un passé colonial prompt à traiter les peuples arabes en « masses » musulmanes. Rompre avec cette islamisation insidieuse, c'est rouvrir la voie à une histoire laïque du monde arabe. http://paroledechercheurs.net/spip.php?article681 Wed, 10 Feb 2016 20:30:00 +0100 La crise de la Méditerranée médiévale (VIe-IXe s.) en question : les points de vue des lettrés arabes (IXe-Xe s.) <p>Christophe</p> Picard <p>Christophe</p> Picard Depuis la deuxième moitié du XXe siècle, les recherches menées dans les trois aires impériales qui dominèrent les rives de la mer intérieure – latine, byzantine, musulmane –, de façon primordiale les recherches archéologiques sur les siècles de la grande crise méditerranéenne, ne cessent de remettre en cause les travaux fondateurs d'une histoire de la crise méditerranéenne et, en premier lieu, le livre de l'historien belge, Henri Pirenne, Mahomet et Charlemagne, (1936), mais également et sous un autre angle, la Méditerranée de Braudel. Une autre base, récente, d'une réévaluation de l'état de la Méditerranée en crise, émane de la découverte de documents contemporains de ces temps, de plus en plus nombreux, tels les papyrus égyptiens antérieurs et contemporains des conquêtes arabes (642 pour l'Egypte). Des travaux d'historiens récents, comme l'ouvrage de Horden et Purcell (The Corrupting Sea, 2000), proposent une nouvelle approche d'une histoire de la Méditerranée. Parmi celles-ci, la lecture des écrits des lettrés contemporains, en particulier les historiens arabes comme al-Tabarî (m. 923) à Bagdad au début du Xe siècle, projette une autre lumière sur l'état de la « crise », et permet une autre approche de l'histoire de la Méditerranée de ces temps de crise. Depuis la deuxième moitié du XXe siècle, les recherches menées dans les trois aires impériales qui dominèrent les rives de la mer intérieure – latine, byzantine, musulmane –, de façon primordiale les recherches archéologiques sur les siècles de la grande crise méditerranéenne, ne cessent de remettre en cause les travaux fondateurs d'une histoire de la crise méditerranéenne et, en premier lieu, le livre de l'historien belge, Henri Pirenne, Mahomet et Charlemagne, (1936), mais également et sous un autre angle, la Méditerranée de Braudel. Une autre base, récente, d'une réévaluation de l'état de la Méditerranée en crise, émane de la découverte de documents contemporains de ces temps, de plus en plus nombreux, tels les papyrus égyptiens antérieurs et contemporains des conquêtes arabes (642 pour l'Egypte). Des travaux d'historiens récents, comme l'ouvrage de Horden et Purcell (The Corrupting Sea, 2000), proposent une nouvelle approche d'une histoire de la Méditerranée. Parmi celles-ci, la lecture des écrits des lettrés contemporains, en particulier les historiens arabes comme al-Tabarî (m. 923) à Bagdad au début du Xe siècle, projette une autre lumière sur l'état de la « crise », et permet une autre approche de l'histoire de la Méditerranée de ces temps de crise. http://paroledechercheurs.net/spip.php?article680 Wed, 03 Feb 2016 20:30:00 +0100 Philosopher dans l'extrême ? <p>Alain</p> Renaut <p>Alain</p> Renaut Confronté à des situations extrêmes de violence et de risque, celles de la pauvreté au sud du Sahara, des migrations politiques et climatiques actuelles, ou de Haïti après le séisme de 2010, que peut avancer le philosophe au-delà de l'émotion et l'indignation ? Au prix de quelles transformations dans sa démarche la philosophie peut-elle dégager les raisons et les déraisons qui dictent les pires radicalisations de la souffrance et de l'humiliation dont le monde humain reste capable ? Comment surtout établir d'indispensables priorités dans les exigences de la survie ou dans celles d'une vie décente pour les plus vulnérables ? Une philosophie appliquée, partant, non plus de l'idéal, mais des données du pire ne peut que s'adresser à elle-même de nouvelles exigences, lui imposant de sortir de son enfermement dans les concepts et dans les pures questions de principes : comment prendre en charge philosophiquement les questions que soulève le type de vacillement entre l'humain et l'inhumain qui est constitutif de l'injustifiable et de l'extrême ? Confronté à des situations extrêmes de violence et de risque, celles de la pauvreté au sud du Sahara, des migrations politiques et climatiques actuelles, ou de Haïti après le séisme de 2010, que peut avancer le philosophe au-delà de l'émotion et l'indignation ? Au prix de quelles transformations dans sa démarche la philosophie peut-elle dégager les raisons et les déraisons qui dictent les pires radicalisations de la souffrance et de l'humiliation dont le monde humain reste capable ? Comment surtout établir d'indispensables priorités dans les exigences de la survie ou dans celles d'une vie décente pour les plus vulnérables ? Une philosophie appliquée, partant, non plus de l'idéal, mais des données du pire ne peut que s'adresser à elle-même de nouvelles exigences, lui imposant de sortir de son enfermement dans les concepts et dans les pures questions de principes : comment prendre en charge philosophiquement les questions que soulève le type de vacillement entre l'humain et l'inhumain qui est constitutif de l'injustifiable et de l'extrême ? http://paroledechercheurs.net/spip.php?article679 Wed, 27 Jan 2016 20:30:00 +0100 Climat : y voir clair pour agir <p>Sébastien</p> Balibar <p>Sébastien</p> Balibar La Terre se réchauffe dangereusement, les conférences internationales sur le Climat se succèdent, mais les États tardent à s'accorder sur les mesures à prendre. Quelles sont les dernières nouvelles du climat ? Quelles sont les prédictions des climatologues pour les années à venir ? Quelles sont les énergies propres qui sont disponibles ? De l'examen de ces questions, on peut déduire l'objectif commun que devrait afficher toute politique énergétique : dans tous les pays, il faudrait réduire les émissions annuelles de gaz à effet de serre en dessous d'une tonne et demie par habitant à l'horizon 2050. Or nous sommes très loin de cet objectif pour l'instant. Agir est urgent et l'ignorer mettrait en péril notre mode de vie futur. Des solutions existent, qui pourraient permettre aux différents pays de choisir les scénarios de transition énergétique les mieux adaptés à leur situation propre. La nécessaire comparaison entre des pays comme la France et l'Allemagne, la Suède, les Etats-Unis, la Chine, le Bangladesh, l'Ethiopie, etc. est instructive. La Terre se réchauffe dangereusement, les conférences internationales sur le Climat se succèdent, mais les États tardent à s'accorder sur les mesures à prendre. Quelles sont les dernières nouvelles du climat ? Quelles sont les prédictions des climatologues pour les années à venir ? Quelles sont les énergies propres qui sont disponibles ? De l'examen de ces questions, on peut déduire l'objectif commun que devrait afficher toute politique énergétique : dans tous les pays, il faudrait réduire les émissions annuelles de gaz à effet de serre en dessous d'une tonne et demie par habitant à l'horizon 2050. Or nous sommes très loin de cet objectif pour l'instant. Agir est urgent et l'ignorer mettrait en péril notre mode de vie futur. Des solutions existent, qui pourraient permettre aux différents pays de choisir les scénarios de transition énergétique les mieux adaptés à leur situation propre. La nécessaire comparaison entre des pays comme la France et l'Allemagne, la Suède, les Etats-Unis, la Chine, le Bangladesh, l'Ethiopie, etc. est instructive. http://paroledechercheurs.net/spip.php?article678 Wed, 20 Jan 2016 20:30:00 +0100 Hippo, vache et baleine : qui ne se ressemble pas s'assemble parfois <p>Fabrice</p> Lihoreau <p>Fabrice</p> Lihoreau Qui se ressemble s'assemble est un adage qui n'a plus cours de nos jours en matière d'évolution. Ainsi la parenté des organismes vivants étaient jusque très récemment essentiellement basée sur les ressemblances visibles. Le décryptage du code génétique depuis une vingtaine d'année a rebattu les cartes des relations de parenté, proposant des regroupements inattendus. Comment accepter que des organismes qui paraissent très différents soient sortis du même ancêtre ? Et alors, à quoi ressemblait ce dernier ? Comment retracer cette évolution et comment expliquer des histoires divergentes ? Pour résoudre ces faits évolutifs il convient d'explorer le passé lointain et de reconstruire le fil de l'évolution à partir des rares indices préservés dans la roche : les fossiles. Le cas de l'hippopotame et de la baleine est emblématique à cet égard. Il nous conduira à décrire une étonnante histoire de la vie encore jonchée de zones d'ombres, mais ouvrant une fenêtre nouvelle sur l'évolution. Qui se ressemble s'assemble est un adage qui n'a plus cours de nos jours en matière d'évolution. Ainsi la parenté des organismes vivants étaient jusque très récemment essentiellement basée sur les ressemblances visibles. Le décryptage du code génétique depuis une vingtaine d'année a rebattu les cartes des relations de parenté, proposant des regroupements inattendus. Comment accepter que des organismes qui paraissent très différents soient sortis du même ancêtre ? Et alors, à quoi ressemblait ce dernier ? Comment retracer cette évolution et comment expliquer des histoires divergentes ? Pour résoudre ces faits évolutifs il convient d'explorer le passé lointain et de reconstruire le fil de l'évolution à partir des rares indices préservés dans la roche : les fossiles. Le cas de l'hippopotame et de la baleine est emblématique à cet égard. Il nous conduira à décrire une étonnante histoire de la vie encore jonchée de zones d'ombres, mais ouvrant une fenêtre nouvelle sur l'évolution. http://paroledechercheurs.net/spip.php?article677 Wed, 13 Jan 2016 20:30:00 +0100 Créations narratives et résistance en pays kanak (Nouvelle-Calédonie) <p>Alban</p> Bensa <p>Alban</p> Bensa Pour ne pas disparaître, les Kanak ont engrangé leur histoire dans des œuvres restées longtemps enfouies au creux de l'oralité vernaculaire ou dans des cahiers. Notre travail entend porter au jour ce roc littéraire et politique. Le monde kanak s'y affirme comme souverain et englobe la colonisation dont les agents, pour leur part, croyaient, pouvoir englober tous les peuples de la planète. Ce retournement méditatif s'est enclenché dès les premiers jours de la colonisation pour s'intensifier toujours davantage. Récits, poésies, et chants présentés ici composent un même « chant de la décolonisation de la Nouvelle-Calédonie » à travers une histoire kanak de la Guerre de 1917 qui secoua cet archipel du Pacifique dans le sillage de la Guerre 1914-1918. Il fallait en effet, afin de rééquilibrer les conceptions coloniales du passé, que s'impose ici un savoir endogène. Cette conférence réfléchira aux conditions générales d'un tel retournement. Pour ne pas disparaître, les Kanak ont engrangé leur histoire dans des œuvres restées longtemps enfouies au creux de l'oralité vernaculaire ou dans des cahiers. Notre travail entend porter au jour ce roc littéraire et politique. Le monde kanak s'y affirme comme souverain et englobe la colonisation dont les agents, pour leur part, croyaient, pouvoir englober tous les peuples de la planète. Ce retournement méditatif s'est enclenché dès les premiers jours de la colonisation pour s'intensifier toujours davantage. Récits, poésies, et chants présentés ici composent un même « chant de la décolonisation de la Nouvelle-Calédonie » à travers une histoire kanak de la Guerre de 1917 qui secoua cet archipel du Pacifique dans le sillage de la Guerre 1914-1918. Il fallait en effet, afin de rééquilibrer les conceptions coloniales du passé, que s'impose ici un savoir endogène. Cette conférence réfléchira aux conditions générales d'un tel retournement. http://paroledechercheurs.net/spip.php?article676 Wed, 16 Dec 2015 20:30:00 +0100 Les conflits à l'heure de la mondialisation et d'internet <p>Béatrice</p> Giblin <p>Béatrice</p> Giblin En partenariat avec le Café Géo On sait depuis la première guerre mondiale qu'un attentat (commis par un nationaliste serbe) a pu conduire au premier conflit d'envergure mondiale et à des millions de morts : exemple de l'engrenage conduisant un événement local à une guerre mondiale, déjà le proche et le lointain. Cependant, désormais, des conflits lointains peuvent avoir un impact sur l'environnement proche : l'enrôlement de jeunes français dans le jihad de Daech par le biais de la propagande sur les réseaux sociaux, ou le spectaculaire attentat du 11 septembre 2001, contrecoup relativement lointain dans le temps et dans l'espace de l'engagement américain dans la guerre du Golfe en 1990 et donc de sa présence sur la terre sainte de l'Islam, ou encore les réfugiés syriens ou irakiens qui fuient la guerre civile ou les réfugiés érythréens qui fuient la dictature et qui demandent l'accueil de l'Europe. Comprendre un conflit nécessite donc plus que jamais de combiner le proche et le lointain dans le temps et dans l'espace. En partenariat avec le Café Géo On sait depuis la première guerre mondiale qu'un attentat (commis par un nationaliste serbe) a pu conduire au premier conflit d'envergure mondiale et à des millions de morts : exemple de l'engrenage conduisant un événement local à une guerre mondiale, déjà le proche et le lointain. Cependant, désormais, des conflits lointains peuvent avoir un impact sur l'environnement proche : l'enrôlement de jeunes français dans le jihad de Daech par le biais de la propagande sur les réseaux sociaux, ou le spectaculaire attentat du 11 septembre 2001, contrecoup relativement lointain dans le temps et dans l'espace de l'engagement américain dans la guerre du Golfe en 1990 et donc de sa présence sur la terre sainte de l'Islam, ou encore les réfugiés syriens ou irakiens qui fuient la guerre civile ou les réfugiés érythréens qui fuient la dictature et qui demandent l'accueil de l'Europe. Comprendre un conflit nécessite donc plus que jamais de combiner le proche et le lointain dans le temps et dans l'espace. http://paroledechercheurs.net/spip.php?article675 Wed, 09 Dec 2015 14:26:00 +0100 L'Europe peut-elle faire face à la crise migratoire ? <p>Catherine</p> Wihtol de Wenden <p>Catherine</p> Wihtol de Wenden Durant ces derniers mois, l'Europe a été confrontée à une crise migratoire sans précédent : 625 000 demandes d'asile en 2014, 2000 morts en Méditerranée en 2015 sur les 200 000 migrants ayant traversé la mer vers l'Europe. À cette situation d'exception, on pourrait s'attendre en Europe à une réponse d'exception. Or, la plupart des pays européens sont empreints, depuis près de 25 ans, d'une frilosité vis-à-vis des migrations : l'extrême droite progresse dans beaucoup d'entre eux et les politiques migratoires nationales sont plus souvent des politiques d'opinion. La déclaration d'Angela Merkel sur la part que l'Allemagne est prête à assumer dans l'accueil des réfugiés semble renouer avec les valeurs fondamentales de l'Europe et de l'Allemagne fédérale. Lentement, quelques autres pays européens lui emboîtent le pas, mais timidement. Il est temps que l'Europe soit fidèle aux principes qui l'ont construite : le respect des droits de l'homme (dont le droit d'asile), de la dignité de l'individu, de la liberté de pensée, et qu'un grand élan de solidarité se dessine, qui répondrait à la crise de ses valeurs, à la peur de l'Autre dans laquelle elle s'est installée. Durant ces derniers mois, l'Europe a été confrontée à une crise migratoire sans précédent : 625 000 demandes d'asile en 2014, 2000 morts en Méditerranée en 2015 sur les 200 000 migrants ayant traversé la mer vers l'Europe. À cette situation d'exception, on pourrait s'attendre en Europe à une réponse d'exception. Or, la plupart des pays européens sont empreints, depuis près de 25 ans, d'une frilosité vis-à-vis des migrations : l'extrême droite progresse dans beaucoup d'entre eux et les politiques migratoires nationales sont plus souvent des politiques d'opinion. La déclaration d'Angela Merkel sur la part que l'Allemagne est prête à assumer dans l'accueil des réfugiés semble renouer avec les valeurs fondamentales de l'Europe et de l'Allemagne fédérale. Lentement, quelques autres pays européens lui emboîtent le pas, mais timidement. Il est temps que l'Europe soit fidèle aux principes qui l'ont construite : le respect des droits de l'homme (dont le droit d'asile), de la dignité de l'individu, de la liberté de pensée, et qu'un grand élan de solidarité se dessine, qui répondrait à la crise de ses valeurs, à la peur de l'Autre dans laquelle elle s'est installée. http://paroledechercheurs.net/spip.php?article674 Wed, 02 Dec 2015 20:30:00 +0100 Consommation responsable à l'ère de la mondialisation <p>Eric</p> Lambin <p>Eric</p> Lambin La mondialisation a mauvaise presse. On l'accuse d'accélérer les changements environnementaux et d'augmenter les inégalités sociales. Et pourtant, nous bénéficions tous au quotidien des bienfaits d'une consommation de produits originaires des quatre coins de la planète. Difficile de s'y retrouver ! Une consommation ouverte sur le monde, gratifiante pour l'individu et responsable sur les plans social et environnemental est-elle possible ? En jeu : une nouvelle forme de gouvernance environnementale à l'échelle de la planète, centrée sur un partenariat entre la société civile, les grandes compagnies multinationales et les consommateurs. Les préférences des citoyen-consommateurs pour un monde plus juste et durable forment le moteur de cette transition. Sommes-nous à l'aube d'une prise de pouvoir du consommateur planétaire responsable ? La consommation peut-elle être plus qu'une quête matérialiste et inclure une dimension altruiste, en faveur d'un monde plus durable et équitable ? La mondialisation a mauvaise presse. On l'accuse d'accélérer les changements environnementaux et d'augmenter les inégalités sociales. Et pourtant, nous bénéficions tous au quotidien des bienfaits d'une consommation de produits originaires des quatre coins de la planète. Difficile de s'y retrouver ! Une consommation ouverte sur le monde, gratifiante pour l'individu et responsable sur les plans social et environnemental est-elle possible ? En jeu : une nouvelle forme de gouvernance environnementale à l'échelle de la planète, centrée sur un partenariat entre la société civile, les grandes compagnies multinationales et les consommateurs. Les préférences des citoyen-consommateurs pour un monde plus juste et durable forment le moteur de cette transition. Sommes-nous à l'aube d'une prise de pouvoir du consommateur planétaire responsable ? La consommation peut-elle être plus qu'une quête matérialiste et inclure une dimension altruiste, en faveur d'un monde plus durable et équitable ? http://paroledechercheurs.net/spip.php?article673 Wed, 25 Nov 2015 20:30:00 +0100 De la géométrie et des histoires <p>Michèle</p> Audin <p>Michèle</p> Audin La géométrie est, dit-on, la science de la mathématisation du proche et du lointain. Peut-être l'histoire est-elle aussi une science de la confrontation du proche et du lointain. Les géomètres du XXe siècle se sont en effet penchés sur la distinction entre les propriétés « locales » et « globales » des objets de leur étude. Les mots viennent du langage ordinaire et décrivent une réalité assez commune, dont voici un exemple : la Terre a à peu près la forme d'une sphère, bien différente de la forme d'un plan. Il est bien difficile d'emballer une sphère, même de petite taille, comme un ballon, dans du papier-cadeau. C'est même impossible sans froisser le papier. Et pourtant, vue de très près, à notre échelle, la Terre a bien l'air d'un plan. D'ailleurs on en fait des cartes et des plans. Outre différents points de vue sur quelques-uns des objets de prédilection des mathématicien(ne)s, Michèle Audin s'aventurera (à travers l'espace-temps...) du côté de l'histoire et de la littérature – plus proches qu'on le croit souvent. La géométrie est, dit-on, la science de la mathématisation du proche et du lointain. Peut-être l'histoire est-elle aussi une science de la confrontation du proche et du lointain. Les géomètres du XXe siècle se sont en effet penchés sur la distinction entre les propriétés « locales » et « globales » des objets de leur étude. Les mots viennent du langage ordinaire et décrivent une réalité assez commune, dont voici un exemple : la Terre a à peu près la forme d'une sphère, bien différente de la forme d'un plan. Il est bien difficile d'emballer une sphère, même de petite taille, comme un ballon, dans du papier-cadeau. C'est même impossible sans froisser le papier. Et pourtant, vue de très près, à notre échelle, la Terre a bien l'air d'un plan. D'ailleurs on en fait des cartes et des plans. Outre différents points de vue sur quelques-uns des objets de prédilection des mathématicien(ne)s, Michèle Audin s'aventurera (à travers l'espace-temps...) du côté de l'histoire et de la littérature – plus proches qu'on le croit souvent. http://paroledechercheurs.net/spip.php?article672 Wed, 18 Nov 2015 12:03:00 +0100 La chimie, une clé pour la réalisation d’une peinture <p>Philippe</p> Walter <p>Philippe</p> Walter Nombreux sont les peintres qui ont éprouvé le désir de connaître la nature et les propriétés des couleurs qu'ils employaient, préparaient ou faisaient préparer. Aujourd'hui la miniaturisation des technologies d'analyse physico-chimique non invasive conduit à de nouvelles formes de recherche interdisciplinaire, face aux œuvres, dans le musée ou le monument. Comment ces techniques nous permettent-elles de percer le mystère de certaines œuvres et, notamment, de mieux comprendre comment les peintres ont pu trouver et sélectionner des pigments naturels avant de bénéficier des nouvelles couleurs issues de la synthèse chimique ? Que pouvons-nous en déduire quant à l'évolution des pratiques artistiques et des effets esthétiques qui ont été recherchés ? Nombreux sont les peintres qui ont éprouvé le désir de connaître la nature et les propriétés des couleurs qu'ils employaient, préparaient ou faisaient préparer. Aujourd'hui la miniaturisation des technologies d'analyse physico-chimique non invasive conduit à de nouvelles formes de recherche interdisciplinaire, face aux œuvres, dans le musée ou le monument. Comment ces techniques nous permettent-elles de percer le mystère de certaines œuvres et, notamment, de mieux comprendre comment les peintres ont pu trouver et sélectionner des pigments naturels avant de bénéficier des nouvelles couleurs issues de la synthèse chimique ? Que pouvons-nous en déduire quant à l'évolution des pratiques artistiques et des effets esthétiques qui ont été recherchés ? http://paroledechercheurs.net/spip.php?article671 Wed, 11 Nov 2015 20:30:00 +0100 De près, de loin : Conférence inaugurale <p>François</p> Jullien <p>François</p> Jullien On peut concevoir de deux façons opposées le rapport du proche et du lointain. Soit on les confronte l'un à l'autre et le lointain devient un Là-bas idéal, antithétique de l'ici et nous libérant de celui-ci. De Platon à Mallarmé : « Fuir ! Là-bas fuir ! Je sens que les oiseaux sont ivres / d'être parmi l'écume inconnue et les cieux ! » Soit on conçoit le lointain dans le simple prolongement de l'ici, comme l'a privilégié la pensée chinoise, en mettant en valeur le processus continu qui conduit de l'un à l'autre : « Un voyage de mille lieues commence sous nos pieds » (Laozi). François Jullien montrera, quant à lui, d'un point de vue stratégique, comment conjuguer les deux ; ou pourquoi il est allé si loin (en Chine) pour découvrir l'évidence impensé de notre pensée, elle qu'on n'aperçoit pas de si près. Il faut apprendre à lire à la fois du plus loin et du plus près. On peut concevoir de deux façons opposées le rapport du proche et du lointain. Soit on les confronte l'un à l'autre et le lointain devient un Là-bas idéal, antithétique de l'ici et nous libérant de celui-ci. De Platon à Mallarmé : « Fuir ! Là-bas fuir ! Je sens que les oiseaux sont ivres / d'être parmi l'écume inconnue et les cieux ! » Soit on conçoit le lointain dans le simple prolongement de l'ici, comme l'a privilégié la pensée chinoise, en mettant en valeur le processus continu qui conduit de l'un à l'autre : « Un voyage de mille lieues commence sous nos pieds » (Laozi). François Jullien montrera, quant à lui, d'un point de vue stratégique, comment conjuguer les deux ; ou pourquoi il est allé si loin (en Chine) pour découvrir l'évidence impensé de notre pensée, elle qu'on n'aperçoit pas de si près. Il faut apprendre à lire à la fois du plus loin et du plus près. http://paroledechercheurs.net/spip.php?article670 Wed, 04 Nov 2015 20:30:00 +0100